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Du plastique dans la rivière Saïgon

par Chargé(e) de communication - 1er juin 2018 ( maj : 14 juin 2018 )

Une pollution par les plastiques très visuelle de la rivière Saïgon. © IRD/Jean-Michel Boré
Si la pollution par les plastiques des océans est fortement médiatisée, celle dans les eaux douces l’est moins. Une récente étude met en lumière, pour la première fois, la haute contamination en micro et macro-plastiques d’une rivière tropicale traversant une mégapole en voie de développement.

Des plastiques partout ! C’est le constat d’Émilie Strady lorsqu’elle débarque à Hô-Chi-Minh-Ville, au Vietnam, en 2013. « La rivière Saïgon présente un taux de contamination en plastique impressionnant », s’exclame la chercheuse IRD de l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE/OSUG - (IGE/OSUG, CNRS / IRD / UGA / Grenoble INP), dont les travaux viennent récemment d’être publiés. Ce n’est pourtant pas cette pollution que la chercheuse venait étudier, mais celle due aux métaux. Ni une, ni deux, face à ce constat, elle décide alors d’élargir sa problématique de recherche et se penche donc sur la contamination aquatique par les micro-plastiques - d’une taille inférieure à 5 mm - et les macro-plastiques – au-dessus de 5 mm. Le sujet a le vent en poupe dans le milieu océanique, mais reste peu étudié en eau douce, et encore moins dans un pays en voie de développement.

Méthodologie adaptée

En collaboration avec des chercheurs parisiens du Laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains (LEESU), qui travaillent sur la pollution de la Seine, Émilie Strady adapte donc la méthodologie de collecte des contaminants plastiques à la situation vietnamienne. « Pour les micro-plastiques, on utilise généralement des filets à plancton, dont le maillage est de 300 micromètres , rappelle-t-elle. Mais la concentration dans la rivière est telle qu’ils se remplissent bien trop dans le temps d’immersion habituel. » De 30 minutes, le délai a donc été abaissé à 1 minute ! Quant aux macro-plastiques, les échantillons sont fournis par le service de gestion des déchets de Hô-Chi-Minh-Ville. « Ils collectent tous les jours les débris flottants dans les canaux. Seuls sont pris en compte ceux retenus par les filets au maillage de 2 cm », souligne la chercheuse.

Au laboratoire, les microplastiques sont séparés à l’aide d’un tamis. © IRD/Jean-Michel Boré

Le contenu de chaque filtre est ensuite analysé au Centre Asiatique de Recherche sur l’Eau (CARE) [1] où Émilie Strady est affectée et les résultats sont sans appel pour la qualité des eaux saïgonnaises : la concentration en macro-plastiques est 700 fois supérieure à celle d’une rivière traversant une mégapole d’un pays développé, telle la Seine, et celle des micro-plastiques, 1000 fois plus grande. Dans les micro-plastiques, Émilie Strady et sa partenaire Kieu-Le Thuy Chung identifient ainsi des fragments, des fibres, telles du gore-tex ou le nylon des filets de pêcheurs, des granulés utilisés par les industries du plastique, du polystyrène provenant des emballages de nourriture et qui se dégrade très rapidement… Les macro-plastiques, quant à eux, sont principalement constitués de fragments de sacs et de bouteilles plastiques.

Le synthétique en cause

Les résultats mettent en avant la mauvaise gestion des déchets, avec 350 à 7270 g par habitant et par an de déchets plastiques d’origine terrestre entrant dans la rivière. De plus, 92% des fibres sont d’origine synthétique, un pourcentage en conformité avec la forte présence de l’industrie textile dans le bassin versant de la rivière Saigon. « Les industries traitent leurs rejets d’eaux usées,mais les traitements ne sont pas adaptés pour les fibres », regrette Émilie Strady.

Ces résultats intéressent les autorités locales dans un souci d’amélioration de la gestion des déchets. Des travaux sont en cours pour étudier le cycle du plastique en définissant la dynamique spatiale et temporelle de cette contamination dans les eaux des estuaires, les sédiments, les produits de la mer…


Source
Lisa Lahens, Emilie Strady, Thuy-Chung Kieu-Le, Rachid Dris, Kada Boukerma, Emmanuel Rinnert, Johnny Gasperi, Bruno Tassin, Environmental pollution , Macroplastic and microplastic contamination assessment of a tropical river (Saigon River, Vietnam) transversed by a developing megacity, 7 mars 2018. DOI : 10.1016/j.envpol.2018.02.005

Contacts scientifiques locaux
- Emilie Strady, IGE/OSUG | emilie.strady[at]univ-grenoble-alpes.fr

Cette actualité est publiée par :
- l’institut de recherche pour le développement (IRD)


[1CARE est co-construit avec l’IRD et ses partenaires universitaires, dont Ho Chi Minh City University of Technology et Grenoble-INP


       

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