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De nouveaux indices de la viabilité de l’enneigement des stations de ski

par Chargé(e) de communication - 23 février 2018 ( maj : 12 avril 2018 )

© S. De Danieli / Irstea
Pour aider les professionnels dans la gestion des stations de montagne, au regard de l’évolution du climat, Irstea et Météo France (CNRM/CEN) ont développé deux indicateurs de la viabilité de l’enneigement sur pistes des hivers précédents, et élaborent aujourd’hui des indices à l’horizon 2100. Une méthode qui intègre les impacts des pratiques de damage et de production de neige de culture, pour une analyse plus fine et proche des conditions réelles en stations.

Quels secteurs du domaine skiable ont été confrontés à un manque de neige ces dernières années ? À quelle fréquence ? Les conditions d’enneigement seront-elles satisfaisantes à l’avenir ? Des questions qui sont au cœur des logiques de développement des stations de montagne, la neige au sol étant une ressource primordiale pour le tourisme hivernal. La « règle des 100 jours », stipulant qu’une station est viable si elle dispose d’au moins 30 cm de neige pendant au minimum 100 jours fait aujourd’hui office de référence internationale mais mérite d’être affinée. Face à la variabilité du climat et à une concurrence accrue, les pratiques de gestion de la neige (damage et production de neige de culture) se sont largement développées, en vue d’améliorer la qualité et la quantité de la neige sur les pistes. 32% de la surface des pistes du massif alpin français est ainsi équipé d’enneigeurs [a]. Dans ce contexte, les chercheurs d’Irstea et de Météo France s’emploient à proposer aux opérateurs, des éléments d’aide à la décision plus réalistes sur les conditions d’enneigement (hauteurs, masses…) antérieures, et fournir des projections futures.

De l’analyse des conditions d’enneigement passées…

Ainsi, sur la base d’entretiens réalisés auprès des gestionnaires de 55 stations des Alpes, Pierre Spandre, jeune chercheur Irstea/MétéoFrance (CNRM, CEN), a implémenté les processus de damage et de neige de culture (périodes de production, températures seuil…) dans le modèle numérique Crocus en neige naturelle, permettant d’élaborer le module Crocus Resort. En fonction des conditions météorologiques entre 1958 et 2014 [1] l’enneigement sur pistes damées avec et sans neige de culture, a ainsi été simulé pour l’ensemble des stations alpines françaises. À partir de ces simulations, deux indicateurs ont été définis :

  • L’Altitude de Viabilité de l’Enneigement (soit l’altitude à laquelle la quantité de neige naturelle damée est supérieure à 20 cm avec une densité de 500kg m-3 pendant au moins 100 jours, entre le 15 décembre et le 15 avril), déterminée pour 23 massifs alpins avec une moyenne de 1480m au Nord et 2035m au Sud.
  • L’indice « vacances combinées », qui intègre les spécificités d’une station (altitude, pente, orientation, remontées mécaniques), en particulier la répartition spatiale probable des enneigeurs, et repose sur la viabilité de l’enneigement aux vacances de Noël et scolaires d’hiver.

Dans quelles mesures la gestion de la neige impacte-t-elle alors la viabilité de l’enneigement d’une station ? À titre d’exemple, si la gestion de la neige a significativement amélioré la viabilité du domaine des Sept-Laux pendant la saison 2006-2007, elle n’a toutefois pas compensé le déficit en neige naturelle à l’ouverture de la saison, en raison de températures trop douces pour la production de neige de culture [b].

Véritables outils de diagnostic, ces cartographies éclairent ainsi les tendances des dernières décennies (fréquence des « mauvaises années », secteurs particulièrement impactés, etc.) et permettent de mieux appréhender les effets de la gestion de la neige.

…Vers la simulation des conditions de neige à l’horizon 2100

L’enneigement sera-t-il viable demain ? Dans la perspective de ces travaux, les chercheurs d’Irstea Grenoble s’attèlent aujourd’hui au développement d’indices de la viabilité de l’enneigement des 24 stations de sports d’hiver situées en Isère, en période passée mais aussi future ! Pour élaborer ces indicateurs prospectifs, les scientifiques intègrent dans le modèle Crocus Resort trois scénarios climatiques du GIEC [2] d’ici 2100 (du plus alarmant au plus optimiste), adaptés pour SAFRAN par la méthode de descente d’échelle ADAMONT [c].

Ces indices permettront d’estimer la viabilité des conditions de neige pour chaque saison à venir. De plus, les besoins en eau et en énergie pour la production de neige de culture seront estimés, pour mieux appréhender l’impact global des pratiques de gestion de la neige. Les résultats de cette étude seront livrés en avril 2018.

Optimiser la gestion de la neige à l’échelle de la saison

« Les opérateurs des domaines ont par ailleurs besoin de prévisions des conditions d’enneigement à des échelles courtes de 3 à 10 jours, jusqu’à celle de la saison » explique Emmanuelle George, chercheuse à Irstea. En effet « ces données sont nécessaires pour savoir si il faut se préparer en stockant de la neige, ou si la production de neige de culture ne sera pas impactée par des températures trop élevées par exemple ».

C’est pourquoi Irstea, au sein du projet H2020 PROSNOW coordonné par Météo-France [3], travaille actuellement au développement d’un outil d’aide à la décision pour améliorer la gestion de la production de neige. L’outil proposera aux opérateurs, des prévisions de hauteurs ou de stocks de neige à plusieurs jours et plusieurs mois, et intégrera les caractéristiques des domaines skiables. Huit stations pilotes dont 2 en France, ont été associées dès l’origine du projet, pour mieux cerner leurs besoins mais également participer aux tests de l’outil. Autant de projets pour accompagner les professionnels vers des stratégies de gestion adaptées face aux enjeux de demain.

Source
[a] SPANDRE P., FRANCOIS H., MORIN S., GEORGE-MARCELPOIL E., 2015. « Dynamique de la neige de culture dans les Alpes Françaises : Contexte climatique et état des lieux  ». Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine. DOI : 10.4000/rga.2840

[b] FRANÇOIS H., MORIN S., SPANDRE P., LAFAYSSE M., GEORGE-MARCELPOIL E., 2016, « Croisement de simulations numériques des conditions d’enneigement avec une base de données socio-économiques spatialisée des stations de sports d’hiver : description de l’approche et application aux Alpes françaises », 4, La Houille Blanche. DOI : 10.1051/lhb/2016041

[c] VERFAILLIE D., DÉQUÉ M., MORIN S., and LAFAYSSE M., 2017 "The method ADAMONT v1.0 for statistical adjustment of climate projections applicable to energy balance land surface models" Geosci. Model Dev., 10, 4257-4283. DOI : 10.5194/gmd-10-4257-2017

Contacts scientifiques locaux
- Pierre Spandre, CNRM-GAME (CEN/OSUG, Météo-France/CNRS) / Centre IRSTEA Grenoble, pierre.spandre[at]irstea.fr
- Emmanuelle George, Centre IRSTEA Grenoble, emmanuelle.george-marcelpoil[at]irstea.fr
- Samuel Morin, CEN/OSUG, samuel.morin[at]meteo.fr

Cette actualité est également relayée par
- Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea)


[1Ré-analyse SAFRAN, CEN

[2Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[3Coordonné par Météo-France, le projet H2020 PROSNOW regroupe 12 partenaires européens. Pour en savoir : http://prosnow.org


       

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