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Un fléau mondial : la contamination de l’eau par l’arsenic

par Natacha Cauchies - 1er mars 2014

Article paru dans le magazine Pour la Science en octobre 2011 (n° 408, pp.76-81),
rédigé par Romain Millot (BRGM), Laurent Charlet (ISTerre) et David Polya (Manchester).

L’eau consommée par les habitants des grandes plaines situées en contrebas de l’Himalaya contient beaucoup d’arsenic. Les techniques de forage utilisées ont encore augmenté cette concentration, rendant l’eau toxique.
© Roger Hutchings/In Pictures/Corbis

Dans plusieurs régions du monde, l’eau contient de l’arsenic. Cet élément y est naturellement présent, mais l’utilisation de puits profonds a fait augmenter sa concentration. Des solutions de dépollution sont à l’étude.

Dans les années 1980, le dermatologue indien Kshitish Saha, d’une école de médecine tropicale proche de Calcutta, est frappé par les symptômes de plusieurs des malades qu’il voit en consultation. Ils présentent des lésions cutanées et des taches noires sur les paumes des mains et les plantes des pieds. Pour lui, ces marques sont les premiers signes d’une intoxication à l’arsenic. Or ces malades sont pour la plupart originaires de l’État voisin du Bengale de l’Ouest, d’autres venant du Bangladesh. Suspectant l’eau d’en être responsable, il fait prélever et analyser l’eau des puits approvisionnant la population du Bangladesh. Effectivement, elle contient des traces d’arsenic.

Pourtant, toutes les analyses effectuées auparavant par les autorités indiquaient que l’eau était consommable… à ceci près que l’arsenic n’avait pas été dosé. Ce n’est qu’en 1993 que l’hypothèse d’une contamination de l’eau par l’arsenic fut confirmée par le gouvernement bangladeshi : l’eau des puits contenait de fortes concentrations d’arsenic. Ces puits avaient la particularité d’être tubés, prélevant l’eau à des profondeurs allant de 10 à 40 mètres. En effet, dans les années 1970 et 1980, le gouvernement bangladeshi avait mis en place avec l’unicef, la Banque mondiale et l’onu un vaste programme de forage de puits pour capter les eaux souterraines. Une dizaine de millions de puits tubés ont ainsi été creusés pour approvisionner les villages du pays. Pourquoi creuser des puits si profonds ? Parce que les eaux de surface y étaient contaminées par de nombreux agents infectieux, responsables de diarrhées ou du choléra. En 40 ans, grâce en partie aux puits tubés, la mortalité infantile a été réduite de moitié. Mais personne n’avait imaginé la catastrophe qui se profilait : un empoisonnement collectif à l’arsenic.

En 2000, l’ensemble des puits tubés a été sondé, montrant qu’environ 30 pour cent d’entre eux fournissaient de l’eau contenant plus de 50 microgrammes d’arsenic par litre, et cinq à dix pour cent en contenaient six fois plus. Or l’Organisation mondiale de la santé – oms – recommande une teneur maximale en arsenic dans l’eau de boisson de dix microgrammes par litre. Au Bangladesh, on estime à quelque 35 millions le nombre de personnes exposées à des concentrations supérieures à 50 microgrammes d’arsenic par litre, soit un quart de la population du Bangladesh (voir la figure 1).

Des polluants naturels
La toxicité de l’arsenic dépend de sa forme chimique, et une trop longue exposition à des doses trop élevées provoque l’arsenicisme, une maladie chronique commençant à se manifester par des lésions cutanées et des extrémités rongées par la gangrène. Au bout de cinq à dix ans, les organes internes, tels le foie, les reins, la vessie et les poumons, sont atteints, et un cancer peut apparaître en une vingtaine d’années. Dans le Sud du Bangladesh, où les concentrations en arsenic de l’eau sont particulièrement élevées, on estime qu’un décès d’adulte sur dix serait dû à un cancer engendré par une exposition prolongée à l’arsenic.

Laurent Charlet et ses collaborateurs à ISTerre ont travaillé depuis quinze ans à la compréhension de ce problème biogéochimique, en Inde, au Népal et au Laos, mais aussi au laboratoire et à l’ESRF/ILL. Des méthodes d’épuration sont actuellement à l’étude par cette équipe, basées sur l’utilisation de bionanocomposites qui valorisent des déchets de l’industrie locale.

Comme nous l’examinerons, l’intoxication par des eaux trop concentrées en polluants naturels toucherait des millions de personnes de par le monde. L’arsenic, le fluor, le sélénium, le manganèse ou encore l’antimoine sont des polluants d’origine géologique fréquents dans les eaux souterraines. Ces éléments polluants naturels, dits géogéniques, car issus des sols et non des activités humaines, causent de graves problèmes sanitaires, à l’instar de la crise frappant le Bangladesh depuis une trentaine d’années. Afin d’apporter des solutions aux populations menacées, les géologues étudient les causes d’une...

Pour lire l’intégralité de cet article,
consultez les modalités sur pourlascience.fr.


       

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