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Bolivie : du plomb et de l’arsenic dans l’air

par Natacha Cauchies - 12 décembre 2014

Une équipe impliquant des chercheurs du Laboratoire d’Etude des Transferts en Hydrologie et Environnement (LTHE-OSUG, CNRS/IRD/GrenobleINP/UJF) et du laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET-OMP, UPS/CNRS/IRD/CNES) révèle que malgré une inhalation régulière de particules enrichies en plomb, l’organisme des Boliviens de la ville d’Oruro n’en n’ingèrent qu’une petite quantité. Ces résultats sont issus d’un programme national EC2CO [1] qui associe trois autres laboratoires français (ISTerre, LASIR et Ecolab) ainsi que, pour la Bolivie, le département environnement du gouvernement d’Oruro et l’Université Mayor de San Andrés (UMSA).

Le quartier de San José au pied de la mine.
© IRD / G. Uzu

L’air est contaminé à Oruro. Perchée à 3 700 m d’altitude, cette ville minière de l’ouest bolivien baigne dans une atmosphère chargée de poussières métalliques. Du plomb, de l’arsenic et du fer sont constamment détectés. Leur accumulation dans l’organisme peut affecter le système nerveux, les fonctions rénales, hépatiques et respiratoires...

« Ces particules fines sont issues de la Salvadora, une montagne où l’on extrait de principalement de l’étain, mais aussi plomb, zinc, argent. À l’intérieur, les conditions de travail rappellent celles que Zola dépeint dans Germinal », raconte Gaëlle Uzu, chargée de recherches IRD, coordinatrice du projet AEROBOL (Mesures des propriétés redox et bioaccessibilité des AEROsols BOLiviens en contexte minier).

Au pied de la mine, tout un quartier s’est développé, les employés y vivent avec leur famille. Mais, bien que confrontés à un air ambiant médiocre, les enfants n’ont pas un taux de plomb dans le sang supérieur à d’autres régions de l’Altiplano.Un paradoxe résolu, et expliqué par l’équipe AEROBOL à l’occasion du récent congrès international sur les aérosols (IAC), qui s’est tenu en Corée du Sud.

Leurs travaux montrent que les propriétés chimiques du composé émis par les activités de la Salvadora le rendent naturellement peu soluble. « L’extraction de minerai rejette dans l’air du plomb majoritairement sous forme de sulfates et d’oxydes, précise-t-elle. Ceux-ci se dissolvent mal au contact de la muqueuse pulmonaire et ont donc peu de chance d’être transférés vers la circulation sanguine ». Les chercheurs le démontrent en laboratoire, à partir d’un dispositif expérimental. « Nous avons reconstitué le fluide épithélial interstitiel qui tapisse les poumons. Exposée à l’air prélevé à proximité et dans la mine, nous observons que la muqueuse pulmonaire d’un individu sain ne solubilise que 5 à 8 % du plomb inhalé », souligne la chercheuse. Leurs travaux vont plus loin et rapportent que pour un individu souffrant d’une inflammation des muqueuses pulmonaires, liée à des inhalations de produits toxiques, ou simplement à une bronchite, l’organisme sécrète un autre type de fluide qui peut alors en absorber jusqu’à 40 %.

Si au pied de la mine, les Boliviens ont peu de risque d’intoxication au plomb, dans le sud de la ville, la réalité est toute autre. La cause ? La plus importante fonderie d’étain du pays y est installée ! « Elle est la deuxième source d’émission de plomb et d’arsenic d’Oruro. La composition de l’air y est différente qu’à proximité de la mine : 60 % du plomb détecté est associé à du fer ou des acides organiques, des complexes plus solubles dans le sang que ceux du quartier de San José. » Pour l’arsenic, le constat est encore plus alarmant. Durant la campagne menée par l’équipe, sa concentration a atteint 140 nanogrammes par m3 d’air tandis que le niveau maximal préconisé par l’OMS est de 6 nanogrammes ! « Cela est d’autant plus grave que les scories et autres déchets solides chargés d’arsenic résultant des processus de traitement de l’étain, sont laissés à l’air libre. Ils servent aussi de revêtement pour les routes, les bordures de terrains de foot… ». Une inhalation régulière d’arsenic dont on ignore, à ce jour, les impacts sur la santé des Boliviens d’Oruro…

Contact scientifique local
Gaëlle Uzu, LTHE [2] : gaëlle.uzu [at] ird.fr | 04 76 63 56 50

PDF
extrait du
Sciences au Sud n°76
(journal de l’IRD)

Cette actualité est également relayée par
- l’Institut de Recherche pour le Développement - IRD (source)
- le LTHE

Consortium
L’équipe du projet AEROBOL est composée de :

  • Gaëlle Uzu, CR IRD, GET puis LTHE (CNRS / IRD / Grenoble INP / Université Joseph Fourier Grenoble 1, Observatoire des Sciences de l’Univers de Grenoble)
  • Aude Calas, doctorante, LTHE
  • Géraldine Sarret, DR CNRS, ISTerre (Université Joseph Fourier Grenoble 1 / CNRS / IRD / Université Savoie Mont Blanc / IFSTTAR, Observatoire des Sciences de l’Univers de Grenoble)
  • Stéphane Guédron, CR IRD, ISTerre
  • David Point, CR IRD, GET (Université Paul Sabatier Toulouse III / CNRS / IRD / CNES, Observatoire Midi-Pyrénées)
  • Priscia Oliva, MdC UPS, GET
  • Eva Schreck, MdC UPS, GET
  • Sophie Sobanska, CR CNRS, LASIR (Université Lille 1 / CNRS / Université Lille 2, Observatoire des Sciences de l’Univers du Nord)
  • Carlos Huayta-Vasquez, Département Environnement, Gouvernement d’Oruro, Bolivie
  • Camille Dumat, PR INP, Ecolab (CNRS / Université Paul Sabatier Toulouse III / INP de Toulouse, Observatoire Midi-Pyrénées).

[1Ecosphère continentale et côtière - programme national interdisciplinaire du CNRS coordonné et géré par l’INSU.

[2Gaëlle Uzu était rattachée au laboratoire GET/LA à Toulouse du temps où fut rédigé le projet.

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