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Expertise Irstea sur les avalanches : pour une gestion durable du risque

par Chargé(e) de communication - 17 février 2017 ( maj : 21 avril 2017 )

Acteur historique de la recherche sur les avalanches en France, le centre Irstea de Grenoble poursuit l’exploration de ce phénomène complexe et toujours en évolution. Objectif : améliorer les connaissances et mettre au point des outils au service de la gestion du risque sur le territoire. Le tout, en tenant compte, dès maintenant, de l’impact du réchauffement climatique. Le point avec Didier Richard, directeur de l’unité Erosion torrentielle, neige et avalanche, et animateur du groupe de travail Risques naturels et environnementaux d’Irstea.

Avalanches de neige poudreuse. © M. Bonnefoy-Demongeot / Irstea

Irstea : Que représente le risque d’avalanche aujourd’hui en France ?
Didier Richard : Les avalanches sont à l’origine d’une trentaine de décès par an [1]. Pour la majorité, les victimes sont des pratiquants de la montagne : randonneurs, skieurs hors piste… Le nombre de victimes touchées dans leur habitation ou dans des zones urbanisées ou aménagées est très faible. Les efforts dans la gestion du risque - réglementation des zones constructibles, optimisation des dispositifs d’alerte ou de fermeture des accès routiers - ont permis de réduire le taux de mortalité en zones urbanisées. Depuis les années 2000, aucune victime n’est d’ailleurs à déplorer dans ces espaces (même si d’importantes avalanches se sont produites causant des dommages matériels).

Irstea : Quelles sont les avalanches qui représentent un risque ?
D. R. : Comme tout risque naturel, le risque d’avalanche est le résultat de la rencontre d’un phénomène naturel aléatoire avec des enjeux susceptibles d’être menacés. Ces enjeux peuvent être de toute sorte. Á Irstea, nos travaux sont focalisés sur les enjeux des espaces aménagés et habités, à savoir les bâtiments et leurs occupants, et le tissu socio-économique. Ces zones étant le plus souvent situées en fond de vallée, nous nous intéressons aux avalanches capables de déplacer de gros volumes de neige et de parcourir de longues distances. C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, nous étudions la dynamique des avalanches de neige froide et sèche qui, chargées d’air, peuvent se déplacer jusqu’à 360 km/h, atteindre plus de 100 m de haut et développer des pics de pression élevée. Depuis peu, nous nous intéressons aussi de près aux avalanches de neige humide, c’est-à-dire chargée d’eau liquide ; nous avons en effet mis en évidence qu’elles peuvent aussi présenter un niveau de risque élevé.

Irstea : Avec plus de 600 communes concernées, nombreux sont les acteurs impliqués dans la gestion du risque d’avalanche en France. À quel niveau intervient Irstea ?
D. R. : La recherche sur les avalanches est une spécialité historique d’Irstea qui s’y consacre depuis plus de 45 ans. Gérer le risque nécessite de bien le connaître. C’est par ces deux orientations de recherche complémentaires que nous nous distinguons : la connaissance du phénomène et l’évaluation du risque qu’il représente. Nous visons à comprendre précisément la dynamique de l’avalanche, de son déclenchement à son impact sur les obstacles, en passant par son écoulement. Et ce, de l’échelle fine du grain de neige à celle de l’avalanche « grandeur nature », échelle pertinente pour l’évaluation du risque.

© Irstea

Irstea : Quels sont les outils développés par Irstea et comment contribuent-ils à la gestion des risques ?
D. R. : Tout d’abord, nous gérons et actualisons des bases de données contenant notamment des observations d’avalanches réalisées chaque hiver par l’Office National des Forêts. Ces observations (consultables sur www.avalanches.fr), qui remontent parfois à plus de 100 ans, constituent un outil unique au monde, d’une grande richesse pour la connaissance des avalanches. Grâce à ces données, nous développons des modèles qui nous permettent de déterminer les caractéristiques des avalanches, comme leur emprise (leur étendue) et les pressions qu’elles exercent sur les constructions. Nous élaborons aussi des méthodes statistiques couplées aux modèles de simulation de la dynamique des avalanches, pour définir la probabilité d’occurrence d’avalanches de caractéristiques données : emprise, pression, volume... Des méthodes que nous utilisons en particulier pour déterminer l’avalanche dite centennale, c’est-à-dire qui a 1 chance sur 100 de se produire chaque année, et qui sert de référence dans les stratégies de prévention du risque.

Mis à disposition des experts impliqués dans la gestion des risques et de l’aménagement du territoire (bureaux d’étude par exemple), ces outils viennent en appui aux pouvoirs publics (direction générale de la prévention des risques du ministère de l’Environnement, collectivités) pour réglementer les zones à risque du territoire (rouge : inconstructible, bleu : constructible sous conditions, blanc : constructible) inscrites dans les plans de prévention des risques (PPR). Ces outils sont aussi utilisés dans le cadre d’expertises pour optimiser les ouvrages de protection des zones urbanisées et aménagées qui sont exposées. Nous avons par exemple contribué aux travaux de redimensionnement du dispositif de protection de Taconnaz, dans la vallée de Chamonix, suite aux avalanches exceptionnelles de 1999.

Irstea : Peut-on considérer que les outils disponibles aujourd’hui et notamment ceux développés par Irstea sont efficaces dans la gestion du risque ? Le risque est-il maîtrisé ?
D. R. : Au regard du nombre de victimes recensées ces dernières années, nous pouvons être tentés de croire que nos outils sont efficaces. Il conviendrait de le vérifier en développant des méthodes d’évaluation de l’efficacité des mesures de prévention mises en œuvre et, en particulier, des ouvrages de protection. C’est un enjeu fort dans lequel Irstea s’est engagé, en collaboration avec ses partenaires.

Quant à savoir si le risque est maîtrisé, il faut rappeler que le risque dépend de 2 facteurs : l’aléa et la vulnérabilité des enjeux exposés. La vulnérabilité est sans doute de mieux en mieux maîtrisée grâce aux politiques publiques de gestion du risque, même si les pressions demeurent en raison des enjeux de développement des territoires de montagne.

Mais nous ne maîtrisons pas les avalanches. Ces dernières années, nous avons observé une évolution de l’activité avalancheuse et, notamment, une évolution de la nature même des avalanches. Des tendances qui devraient s’accentuer avec le réchauffement climatique. De par leur identification récente, ces phénomènes ne sont pas encore tout à fait intégrés dans la façon d’évaluer le risque. C’est là un second enjeu pour nous : évaluer l’évolution du risque pour la prendre en compte dans les futures stratégies de gestion du risque d’avalanche…

En savoir plus :
- Consultez les observations d’avalanches sur www.avalanches.fr et la carte des avalanches sur http://map.avalanches.fr/
- Consultez le dossier Risques d’avalanches
- Consultez le dossier Montagne sur le site actions territoires d’Irstea
- Consultez la page de l’unité Erosion torrentielle neige et avalanche (ETNA) et du centre Irstea de Grenoble

Contact scientifique local
- Didier Richard, Irstea Centre de Grenoble/OSUG : didier.richard (at) irstea.fr

Cette actualité est également relayée par
- l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea)

Les médias en parlent
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Note
1. Source : association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena)

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