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Les glaciers himalayens n’ont pas dit leur dernier mot

par assistant com’ - 26 mars 2013

En combinant des mesures satellitaires et des mesures de terrain obtenues entre 1988 et 2010, une équipe franco-indienne [1], impliquant notamment le LGGE et le LTHE, vient de montrer que la masse des glaciers du Lahaul Spiti, une région située au cœur de l’Himalaya dans le nord de l’Inde, avait légèrement augmenté entre 1988 et 1999 avant de diminuer et que leur perte de masse globale entre 1988 et 2010 était quasi six fois plus faible que celle les glaciers alpins durant la même période. Ce résultat remet en question les compilations précédentes qui laissaient entendre une perte de masse glaciaire continue et massive des glaciers de l’Himalaya au cours des dernières décennies.

Carte de la région de l’Himalaya de l’Ouest, le glacier du Chhota Shigri étant représenté en vert

Les glaciers de l’Himalaya et du Karakoram [2] sont parmi les glaciers de montagne les plus étendus au monde (superficie d’environ 40 000 km²). Ils alimentent les eaux de l’Indus, du Gange, du Brahmapoutre, du Yangtzi Jiang et du fleuve jaune dont dépendent 1.4 milliard d’habitants. Pourtant, leur évolution est encore très mal connue. En effet, les mesures de bilans de masse des glaciers de cette immense région sont malheureusement trop peu nombreuses, trop disparates et discontinues, les plus longues séries ne dépassant pas une dizaine d’années, pour permettre une vue d’ensemble de l’évolution de ces glaciers.
Ce manque de connaissance a donné lieu à des erreurs manifestes telles que celle du rapport du GIEC en 2007 qui prévoyait la disparition des glaciers de l’Himalaya et du Karakoram au cours des prochaines décennies. Encore récemment, en 2011, des compilations faites à partir des observations disponibles indiquaient une perte de masse importante de ces glaciers, continue depuis 1970, et supérieure à celle de tous les autres massifs englacés terrestres.

De leur côté, les observations satellitaires permettent d’avoir une vue d’ensemble des variations de masse des glaciers mais uniquement depuis 1999 et pas de manière continue. Deux études réalisées à partir de telles mesures et publiées en 2012 [3] ont ainsi pu apporter des résultats nouveaux. L’une d’elle a créé la surprise en mettant en évidence un léger épaississement (+ 0.11 m par an) des glaciers du Karakoram entre 1999 et 2008. L’autre a montré qu’entre 2003 et 2008, les glaciers de l’Himalaya et du Karakoram s’étaient amincis en moyenne d’environ 0,21 m par an, soit 2 à 3 fois moins que la moyenne de tous les glaciers du globe, avec en outre d’importantes disparités régionales, l’amincissement des glaciers atteignant environ 0,66 m par an dans la région du Jammu-Kashmir et près de dix fois moins dans celle du Karakoram, confirmant ainsi la stabilité des glaciers du Karakoram. Malheureusement, ces études, qui couvrent elles aussi des périodes courtes, ne permettent pas de fournir des tendances sur le long terme.

Bilans de masse cumulés des glaciers de l’Himalaya de l’Ouest, le trait noir correspondant au Chhota Shigri

Depuis 2002 en Inde, l’équipe CHyC du LGGE et du LTHE, en collaboration avec l’université de Delhi (Jawaharlal Nehru University) réalise le suivi glacio-météorologique du glacier du Chhota Shigri, glacier de taille intermédiaire (16 km2) situé au cœur de l’Himalaya dans la région du Lahaul et Spiti dans le nord de l’Inde (32°N de latitude), en y effectuant chaque année des mesures variées (topographie, bilan de masse et fonte de la neige). Ces observations constituent aujourd’hui la plus longue série continue de bilans de masse d’un glacier himalayen. Elles montrent une tendance globale à la perte de masse (- 0,6 m d’eau par an en moyenne entre 2002 et 2008) avec cependant des fluctuations, notamment un léger gain entre 2010 et 2011 de 0,1 m d’eau par an.
En 2010, les chercheurs de cette équipe ont eu l’idée d’utiliser des observations topographiques de très bonne qualité effectuées sur ce glacier en 1988 par des scientifiques indiens en les comparant aux observations de 2010 qu’ils avaient eux-mêmes réalisées exactement sur les mêmes sites. Cette comparaison leur a permis de montrer qu’entre 1988 et 2010, la perte d’épaisseur moyenne sur l’ensemble du glacier était de 0.17 m d’eau par an, ce qui est très faible comparé à la perte d’environ 1 m d’eau par an que les glaciers alpins ont accusée durant la même période. Ces données leur ont aussi naturellement permis d’estimer la perte d’épaisseur moyenne du glacier entre 1988 et 2011.

Variations d’épaisseur des glaciers de la région du Lahaul Spiti (Himalaya, Inde) entre février 2000 et octobre 2011

En outre, grâce à des mesures satellitaires de qualité obtenues en 1999 et 2011, ils ont pu montrer avec un chercheur du LEGOS que ce même glacier s’était aminci d’environ 0,44 m d’eau par an durant cette période. Ils ont ainsi pu en déduire que finalement le glacier avait épaissi de 0,09 m d’eau par an entre 1988 et 1999.
Or les mesures satellitaires ayant également permis d’attester que le glacier du Chhota Shigri avait un comportement très représentatif de l’ensemble de la région du Lahaul Spiti, qui couvre 2100 km² de surface glaciaire soit environ la superficie l’ensemble des glaciers alpins, il semble que les glaciers de cette région aient très légèrement gagné de la masse entre 1988 et 1999 et n’aient commencé à en perdre qu’après 1999, soit très récemment.

Ainsi, l’idée selon laquelle les glaciers himalayens fondent depuis plusieurs décennies, et ce continument et plus vite que tous les autres glaciers de la planète, se trouve une nouvelle fois singulièrement ébranlée par cette étude portant sur les deux dernières décennies. Reste à comprendre les causes, climatiques ou autres, des hétérogénéités à la fois spatiales et temporelles de ces glaciers…

Contact scientifique local :
Christian Vicent, LGGE@OSUG : vincent@lgge.obs.ujf-grenoble.fr - 04 76 82 42 47 / 06 32 35 07 76

Cette actualité est également relayée par :
- l’INSU

Source :
Balanced conditions or slight mass gain of glaciers in the Lahaul and Spiti region (Northern India, Himalaya) during the nineties preceded recent mass loss, C. Vincent1, A. Ramanathan2, P. Wagnon3, D. P. Dobhal4, A. Linda2, E. Berthier5, P. Sharma6, Y. Arnaud3, M. F. Azam2,3, P. G. Jose2, and J. Gardelle1, The Cryosphere, doi:10.5194/tcd-6-3733-2012, mars 2013

1 Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE), Grenoble, France
2 School of Environmental Sciences, Jawaharlal Nehru University, New Delhi, India
3 Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE), Laboratoire d’étude des Transferts en Hydrologie et Environnement (LTHE), Grenoble, France
4 Wadia Institute of Himalayan Geology, Dehra Dun, India
5 LEGOS, Toulouse, France
6 National Centre for Antarctic and Ocean Research, Headland Sada, Goa, India


[1Les laboratoires impliqués sont côté français, le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE-OSUG, UJF/CNRS), le Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS-OMP, UPS/CNRS/CNES/IRD) et le Laboratoire d’études des transferts en hydrologie et environnement (LTHE-OSUG, UJF/CNRS/INPG/IRD), et côté indien, la School of environmental sciences (Jawaharlal Nehru University, New Delhi), le Wadia institute of himalayan geology (Dehra Dun) et le National centre for Antarctic and ocean research (Headland Sada, Goa).

[2Situé à l’ouest de l’Himalaya et d’une superficie d’environ 20 000 km², le Karakoram abrite quatre sommets de plus de 8 000 mètres d’altitude.

[3Gardelle J., Berthier E. and Arnaud Y.Slight, Mass gain of Karakoram glaciers in the early twenty-first century, Nature Geoscience, 15 avril 2012 et Kääb, A., E. Berthier, C. Nuth, J. Gardelle and Y. Arnaud, Contrasting patterns of early 21st-century glacier mass change in the Himalayas, Nature, 22 août 2012.

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