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Retrait sans précédent des glaciers Andins comme conséquence du changement climatique

par assistant com’ - 25 janvier 2013 ( maj : 24 juillet 2013 )

"Les glaciers dans les Andes tropicales reculent de manière rapide et accélérée depuis les années 1970", annoncent des chercheurs de l’équipe CHYC (équipe commune au LGGE et LTHE) et leurs partenaires Andins dans une étude conduite par Antoine Rabatel (LGGE) sur l’évolution récente des glaciers des Andes tropicales. La hausse des températures dans cette région, environ 0,7 °C au cours des 50 dernières années, est considérée comme un des principaux facteurs responsables du retrait observé. Ce retrait glaciaire sans précédent au cours des trois derniers siècles pourrait, dans un proche avenir, affecter l’approvisionnement en eau pour les populations andines. Cette étude est publiée le 22 janvier 2013 dans The Cryosphere, une revue Open Access de l’Union Européenne des Géosciences (EGU).

L’équipe internationale de scientifiques - réunissant des chercheurs venus d’Europe, d’Amérique du Sud et des États-Unis - montre dans cette nouvelle étude que, depuis les années 1970, les glaciers des Andes tropicales ont fondu à un rythme sans précédent au cours des 300 dernières années. Globalement, les glaciers se retirent à un rythme modéré après le maximum du Petit Age Glaciaire, une période froide qui a duré du 16ème siècle jusqu’au milieu du 19ème siècle. Au cours des dernières décennies, cependant, le taux de fonte a fortement augmenté dans les Andes tropicales. Les glaciers de la cordillère ont diminué en moyenne de 30-50% depuis les années 1970, selon Antoine Rabatel, chercheur au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement à Grenoble, en France, et auteur principal de l’étude.

Les glaciers reculent partout dans les Andes tropicales, mais la fonte est plus prononcée pour les petits glaciers à basse altitude, rapportent les auteurs. Les glaciers dont l’altitude maximale est inférieure à 5.400 mètres ont perdu environ 1,35 mètres d’épaisseur de glace (une moyenne de 1,2 mètres d’équivalent en eau1) par an depuis les années 1970, deux fois le taux des glaciers dont l’altitude maximale est plus élevée.

« Parce que l’épaisseur maximale de ces petits glaciers de basse altitude ne dépasse aujourd’hui que rarement 40 mètres, avec une telle perte annuelle ils vont probablement disparaître complètement dans les décennies à venir », affirme Antoine Rabatel.

Les chercheurs rapportent en outre que la quantité de précipitations dans la région n’a pas beaucoup changé au cours des dernières décennies et, par conséquent, ne peut pas expliquer les changements dans le recul des glaciers. Au lieu de cela, la hausse des températures est un des facteurs principaux responsables de l’augmentation de la fonte : les températures régionales ont augmenté en moyenne de 0,15 ° C par décennie au cours de la période 1950-1994.

« Notre étude est importante dans la perspective du prochain rapport du GIEC, qui sortira en 2013", a dit Rabatel. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a souligné que les glaciers tropicaux sont des indicateurs clés du changement climatique récent car ils sont particulièrement sensibles aux changements de température. Les Andes tropicales abritent 99% des glaciers tropicaux du monde, la plupart d’entre eux au Pérou.

Cette étude est également importante pour anticiper le comportement futur des glaciers andins et l’impact de leur fonte accélérée de la région. "La récession actuelle des glaciers des Andes va devenir de plus en plus problématique pour les régions dépendant des ressources en eau fournies par les bassins versants de montagne glaciaires, en particulier au Pérou », écrivent les scientifiques. Sans changements dans les précipitations, la région pourrait faire face à des pénuries d’eau dans l’avenir.

La vallée du Rio Santa au Pérou pourrait être grandement touchée, ses centaines de milliers d’habitants s’appuyant fortement sur l’eau des glaciers pour l’agriculture, la consommation domestique, et l’hydroélectricité. Les grandes villes, comme La Paz, en Bolivie, pourrait également faire face à des pénuries. « Les glaciers fournissent environ 15% de l’approvisionnement en eau de La Paz tout au long de l’année, passant à environ 27% pendant la saison sèche », explique Alvaro Soruco, un chercheur bolivien qui a participé à l’étude.

Dans cette étude, les scientifiques ont synthétisé les données recueillies sur plusieurs décennies, dont certaines remontent aux années 1940. "Les méthodes que nous avons utilisées pour suivre l’évolution des glaciers dans cette région incluent des observations de terrain du bilan de masse des glaciers et des mesures de télédétection à partir de photographies aériennes et d’images satellites pour les changements de surface et de volume des glaciers », explique Antoine Rabatel.

L’étude prend en compte les données collectées pour les glaciers en Colombie, en Équateur, au Pérou et en Bolivie, pour un total de près d’un millier de kilomètres carrés. Cela correspond à environ 50% de la superficie totale couverte par les glaciers dans les Andes tropicales au début des années 2000.

La recherche a été menée afin de fournir à la communauté scientifique un aperçu complet de l’état des glaciers dans les Andes tropicales et de déterminer le taux de recul et d’identifier les causes possibles de la fonte. Mais les auteurs espèrent que les résultats puissent avoir un impact plus large.

« Cette étude a été menée dans un but scientifique, mais si les résultats qu’elle fournit peut motiver les décisions politiques visant à atténuer l’impact anthropique sur le climat et la fonte des glaciers, ce sera un important pas en avant », conclut Antoine Rabatel.

Le glacier Pastoruri, situé dans la Cordillère Blanche au Pérou, est l’un des glaciers des Andes suivis par Antoine Rabatel et ses collègues
© Edubucher/Wikimedia Commons


1 Le bilan de masse des glaciers est la différence entre l’accumulation de glace et de l’ablation (fonte et sublimation) dans un glacier. Les scientifiques expriment le bilan de masse annuel en mètre équivalent eau (m we). Une perte de 1,2 m w.e. correspond à une réduction d’environ 1,35 mètres d’épaisseur de glace.

Relais de partenaires et couverture médiatique

Contact scientifique local
- Antoine Rabatel, LGGE - OSUG : 04 76 82 42 71 - rabatel@lgge.obs.ujf-grenoble.fr

Référence
Current state of glaciers in the tropical Andes : a multi-century perspective on glacier evolution and climate change, The Cryosphere, 22 janvier 2013.
Lire l’article (en anglais)

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