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Disparition du glaciologue Louis Reynaud

par Natacha Cauchies - 17 février 2016 ( maj : 1er mars 2016 )

Louis Reynaud
à l’observatoire Vallot en juin 1994
© J. Chappellaz - LGGE

Louis Reynaud, ancien maître de conférence à l’Université Joseph Fourier, nous a quittés samedi 13 février 2016, à l’âge de 73 ans. Il a réalisé sa recherche au Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE), d’abord rue Très Cloitres à Grenoble dans les anciens bâtiments de l’Evêché, puis rue Molière à Saint Martin d’Hères.

Louis Reynaud a soutenu sa thèse de troisième cycle sur la dynamique des séracs du Géant en 1973, sous la direction de Louis Lliboutry, en alliant des observations sur le terrain et de nombreux calculs sur l’écoulement et le frottement à la base du glacier. C’est ainsi qu’il a montré, par photogrammétrie terrestre, que la vitesse d’écoulement du glacier de la Mer de Glace dans cette région, dépassait 900 m/an avant de décroitre à 350 m/an à « la salle à manger » 400 m plus loin en contrebas.
Un peu plus tard, avec Louis Lliboutry, il s’est intéressé aux fameuses « bandes de Forbes », ces ogives naturelles claires et sombres alternées, que l’on voit facilement à la surface de la Mer de Glace. Il a, en particulier, reconstitué, à partir de ces ogives bien visibles sur les photos aériennes, les vitesses d’écoulement de la Mer de Glace sur près de 100 ans. Il les a comparées avec des mesures faites par Joseph Vallot à la fin du 19ème siècle. C’était une prouesse dont il était fier !

Et sa recherche rejoignait ainsi par ce fil invisible celle de Joseph Vallot dont il aimait raconter les exploits et l’intelligence. Louis aimait raconter, par exemple, que Joseph Vallot avait compris, dès la fin du 19ème siècle, que la vitesse d’écoulement d’un glacier variait fortement d’un site à l’autre et que, pour faire des comparaisons d’une année sur l’autre, il fallait les mesurer toujours aux mêmes sites. Comme Joseph Vallot et comme un peu plus tard les ingénieurs des Eaux et Forêts, Louis s’appliquait à installer des lignes de pierres peintes à la surface des glaciers, remplacées chaque année aux mêmes endroits. Louis avait un sens du terrain extrêmement efficace. C’est sans doute « le terrain » qu’il aimait le plus et, en outre, il adorait le raconter
Combien de générations d’étudiants et de futurs chercheurs ont profité, lors de missions, de véritables cours de glaciologie en plein air, que ce soit sur la mécanique des glaciers, la direction privilégiée des crevasses, les stries de Forel, les bandes de Forbes, les bédières et les moulins glaciaires, la formation des moraines superficielles, les polis glaciaires, … Louis savait raconter la glaciologie et l’histoire de ses acteurs !

A l’heure où les changements climatiques n’occupaient pas la première page des quotidiens nationaux, il a eu la belle intuition de remettre en œuvre, vers 1983, des réseaux d’observations qui avaient été initiés vers 1920 par les Eaux et Forêts à travers les Alpes, et ensuite abandonnés au début des années 1960. Ce n’était pas du tout dans l’air du temps car il fallait alors modéliser avant tout. C’est ainsi qu’on lui doit, sur une poignée de glaciers français, des observations régulières de vitesses d’écoulement et de variations d’épaisseur pendant la belle crue glaciaire de la décennie 1980.
Louis était « amoureux » de l’idée du « modèle linéaire », proposée par Louis Lliboutry sur le glacier de Saint Sorlin. Louis Reynaud a étudié de très près les fluctuations des bilans de masse glaciaires dans les Alpes et montré ainsi que ces fluctuations se ressemblaient étrangement et devaient avoir, pour origine, un signal climatique. Il en a fait un de ses thèmes de recherche privilégié et a étendu cette idée à d’autres massifs à travers le monde.

Enfin, Louis écrivait bien, il adorait les belles lettres de la littérature mais aussi soignait la calligraphie. Louis aimait faire partager la science, ce qu’il a fait jusqu’à ces derniers jours, à travers ses innombrables conférences. Il était grandement apprécié dans les conseils scientifiques (Parcs Nationaux et Réserves Naturelles) dont il était membre. Il a également partagé sa science des glaciers et de la mécanique lors des enseignements qu’il a assuré tout au long de sa carrière. Ses étudiants ont pu savourer l’originalité de ses enseignements qui comportaient des études concrètes de glaciologie appliquée, de nombreuses photos, et surtout les inoubliables sorties terrain sur les glaciers. Louis était apprécié de ses collègues, notamment pour sa gentillesse, sa disponibilité et son soutien infaillible en cas de besoin. Il a indubitablement marqué profondément son laboratoire, le LGGE.

Hommage publié par ses collègues du laboratoire.


       

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