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La dégradation anthropique des sols amplifie les inondations du fleuve Niger à Niamey

communiqué publié le 14 septembre

par assistant com’ - 14 septembre 2012 ( maj : 28 septembre 2012 )

Le fleuve Niger connaît, depuis le début du mois d’août 2012, une crue exceptionnelle dans le secteur du Niger moyen, provoquant de fortes inondations dans la région de Niamey. Le 22 août, les autorités locales dénombraient plus de 340 000 sinistrés, 44 morts et de nombreux dégâts matériels. Alors que les inondations pourraient s’étendre au Bénin et au Nigéria, des chercheurs du LTHE et leurs partenaires viennent d’identifier les causes de la crue similaire du fleuve Niger survenue en 2010. Ainsi, l’encroûtement des sols consécutif à la pression anthropique serait responsable de l’augmentation des crues dans cette région. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans la revue Global and Planetary Change.

Le bassin du fleuve Niger sous surveillance

Bassin du fleuve Niger
© IRD/ L. Corsini

Troisième plus long fleuve d’Afrique occidentale (après le Nil et le Congo), le Niger s’étend sur près de 4 200 km, prenant sa source en Guinée, s’écoulant ensuite au Mali, au Niger et au Nigéria avant de se jeter dans l’océan Atlantique. De par ses affluents, le bassin versant du fleuve intéresse aussi le Tchad, le Cameroun, le Bénin, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Ainsi, 9 pays, réunis dans le cadre de l’Autorité du bassin du Niger (ABN), sont concernés par les ressources en eau du fleuve. Une base de données hydrologique, qui recense les observations de cette structure, des services météorologiques du Niger, du Burkina Faso et du Mali, ainsi que les données du programme international Analyses multidisciplinaires de la mousson africaine (AMMA) permet de suivre les variations du fleuve depuis les années 1950.

Les observations montrent que deux crues principales affectent la région de Niamey : la première, appelée "crue rouge" ou "crue locale", découle de précipitations drainées par les affluents du fleuve situés à la frontière Niger/Burkina Faso, et se produit entre août et septembre. Le seconde, appelée "crue guinéenne", provient des pluies tombées sur les montagnes de Guinée pendant la mousson, et survient entre novembre et mars.

L’utilisation intensive des sols et l’encroûtement, responsables des inondations

Les chercheurs de l’IRD et leurs partenaires de l’ABN et de l’Université de Niamey ont étudié les causes de la crue du fleuve Niger en 2010, qui ont causé de graves inondations à Niamey, similaires à celles que connaît le pays actuellement. Ils ont ainsi observé un changement du régime hydrologique du fleuve à la station de Niamey. Alors qu’auparavant la crue guinéenne succédait progressivement à la crue rouge, cette dernière est à présent plus prononcée et plus précoce, du fait de la forte augmentation de l’écoulement des affluents locaux. S’ensuit une décrue avant l’arrivée de la crue guinéenne, qui demeure la plus abondante.

Inondation dans le quartier Harobanda (rive droite) de Niamey, suite à la crue du 17 et 18 août 2012
© IRD/ T. Amadou

Selon Luc Descroix et Pierre Genthon, hydrologues à l’IRD (dans les laboratoires LTHE et HSM [1]) et co-auteurs de l’étude, cette modification des caractéristiques des écoulements serait due à des facteurs anthropiques et non au changement climatique. En effet, l’accroissement démographique au Niger depuis les années 1950 (passant de 3,2 millions de personnes en 1960 à 15,5 millions en 2010, soit une augmentation d’environ 385 % selon la Banque Mondiale) a eu des impacts sur l’utilisation des sols (extension des cultures, diminution des périodes de jachère), engendrant un fort encroûtement des surfaces, qui favorise le ruissellement et les inondations. A travers ces résultats, les chercheurs souhaitent alerter les autorités publiques sur les effets néfastes de la culture intensive et du défrichement sur le régime hydrologique du fleuve Niger et sur l’appauvrissement des sols.

Relais de partenaires et couverture médiatique

Contact
- Luc Descroix, LTHE-OSUG : luc.descroix@ird.fr

Référence
Change in Sahelian Rivers hydrograph : The case of recent red floods of the Niger River in the Niamey region, Luc Descroix1, Pierre Genthon2, Okechukwu Amogu1,3, Jean-Louis Rajot4,5, Daniel Sighomnou6, Michel Vauclin1, Global and Planetary Change, 5 août 2012.

1 LTHE UMR 5564, BP 53, 38041, Grenoble cedex 9 France
2 HSM UMR 5569, MSE place Eugène Bataillon, 34095 Montpellier cedex 5, France
3 Tractebel Engineering France, 92622 Gennevilliers, France
4 BIOEMCO UMR IRD 211, 61, avenue du Général de Gaulle, 94010 Créteil Cedex, France
5 LISA, UMR 7583, 94010 Créteil Cedex, France
6 NBA Niger Basin Authority, projet Niger-Hycos, BP 729, Niamey, Niger

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[1Hydrosciences Montpellier (CNRS/IRD/UM1/UM2)


       

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