Des poussières du Sahara accélèrent la fonte des glaciers alpins
Le réchauffement climatique est la principale cause de la disparition des glaciers alpins. Mais un autre phénomène, beaucoup plus discret, contribue lui aussi à accélérer leur fonte : les poussières minérales transportées par les vents depuis le Sahara. Après avoir parcouru plusieurs milliers de kilomètres, ces particules se déposent sur la neige et la glace, qu’elles assombrissent. L’albédo de la neige diminue : elle réfléchit moins le rayonnement solaire, absorbe davantage d’énergie et fond plus rapidement.
Une étude menée sur le glacier d’Argentière, dans le massif du Mont-Blanc, montre que ces dépôts ont été responsables de 9 à 15 % de la fonte estivale entre 2019 et 2022. Dans certaines zones du glacier, leur contribution a même atteint près de 25 %. L’année 2022, marquée par un hiver peu enneigé, plusieurs épisodes de poussières sahariennes et des vagues de chaleur exceptionnelles, illustre particulièrement ce phénomène : l’impact des poussières a alors presque doublé par rapport aux années précédentes, entraînant localement l’équivalent d’environ un mètre de glace supplémentaire fondue.
Pour les scientifiques, ces résultats montrent qu’il est indispensable d’intégrer les poussières désertiques et les autres particules qui assombrissent la neige dans les modèles simulant l’évolution des glaciers. Une question qui dépasse largement les Alpes : dans des régions comme les Andes ou l’Himalaya, où des millions de personnes dépendent de l’eau issue de la fonte des glaciers, mieux anticiper ces mécanismes devient un enjeu majeur.
Références
Léo Roussel, Marie Dumont, Matthias Réveillet, Delphine Six, Maxime Kneib, Paola Nabat, Kevin Fourteau, Diogo Monteiro, Simon Gascoin, Emmanuel Thibert, Antoine Rabatel, Jean-Emmanuel Sicart, Mathieu Bonnefoy, Luc Piard, Olivier Laarman, Benjamin Jourdain, Mathieu Fructus, Matthieu Vernay & Matthieu Lafaysse, Saharan dust impacts on the surface mass balance of Argentière Glacier (French Alps), The Cryosphere, 29 octobre 2025.
DOI : 10.5194/tc-19-5201-2025.
Contacts scientifiques locaux
- Marion Réveillet, chargée de recherche IRD à l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE-OSUG)
- Léon Roussel, doctorant au Centre d’études de la Neige (CEN-CNRM)
Cet article a été rédigé par Olivier Blot pour IRD le Mag’.
Mis à jour le 19 août 2026
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