Fonte des glaciers : une source cachée de mercure dans les écosystèmes alpins

Lac de l’Eychauda et glacier de Séguret-Foran, Parc national des Ecrins.© Hélène Angot
Alors que les émissions atmosphériques de mercure (Hg) ont fortement diminué en Europe depuis les années 1970 grâce aux politiques environnementales, la réponse des écosystèmes reste contrastée. Dans les régions de haute montagne, le changement climatique pourrait perturber cette trajectoire de récupération. Une étude, impliquant des scientifiques de plusieurs laboratoires de la fédération OSUG [1], publiée dans Environmental Science & Technology et soutenue par le LabEx OSUG révèle que la fonte des glaciers alpins remobilise du mercure accumulé depuis plusieurs décennies, entraînant une augmentation inattendue des apports dans certains lacs.

Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont analysé les archives sédimentaires de deux lacs alpins voisins : un lac alimenté par les précipitations, reflet direct des dépôts atmosphériques, et un lac proglaciaire alimenté par les eaux de fonte. Grâce à des méthodes de datation par radionucléides, ils ont reconstruit l’évolution des apports en mercure sur plus d’un siècle. La comparaison de ces enregistrements montre des trajectoires opposées : une diminution cohérente avec la baisse des émissions dans le premier lac, mais une augmentation continue dans le lac proglaciaire.

Ces résultats indiquent que la fonte glaciaire libère du mercure anciennement piégé dans la glace, masquant les bénéfices des politiques de réduction des émissions. À l’échelle des Alpes, la disparition attendue d’une part importante du volume glaciaire pourrait entraîner la libération de quantités significatives de mercure dans l’environnement, jusqu’à 1000 kg d’ici la fin du siècle. Une fois relâché, ce mercure peut être transformé en méthylmercure, une forme toxique qui s’accumule dans les chaînes alimentaires. Ce décalage temporel entre réduction des émissions et réponse des écosystèmes souligne la nécessité d’intégrer les effets du changement climatique dans l’évaluation des politiques environnementales, telles que la Convention de Minamata. Plus largement, cette étude met en évidence l’importance des réservoirs environnementaux, comme les glaciers, dans le cycle global du mercure et ouvre de nouvelles perspectives pour mieux anticiper les impacts conjoints du climat et de la pollution.


Référence

Glacier Melt as a Source of Mercury : Implications for Ecosystem Recovery and Environmental Trends
Davide Mattio, Stéphane Guédron, Pierre Sabatier, Yann Bertrand, Nicolas Bonfanti, Sylvain Campillo, Aurélien Dommergue, David Gateuille, Elsa Gautier, Antonio Martínez Cortizas, Emmanuel Naffrechoux, Antoine Rabatel, and Hélène Angot. DOI : 10.1021/acs.est.5c16308

Contacts scientifiques locaux

 Davide Mattio, Doctorant CNRS
 Hélène Angot, Chercheuse CNRS à l’institut des géosciences de l’environnement (IGE - OSUG)

Cette actualité a été initialement publiée par le CNRS INSU.

[1Institut des géosciences de l’environnement (IGE-OSUG, CNRS / INRAE / IRD / UNIV GRENOBLE ALPES)
Institut des sciences de la Terre (ISTERRE - OSUG, CNRS / IRD / UNIV GRENOBLE ALPES / UNIV SAVOIE MONT BLANC)
Environnement Dynamique et Territoires de la Montagne (EDYTEM-OSUG, CNRS / UNIV SAVOIE MONT BLANC)

Mis à jour le 28 avril 2026