SPIRou : La deuxième plus proche exoplanète en zone habitable découverte à seulement 11,4 années-lumière
Les étoiles de type M, ou naines rouges, sont les plus nombreuses de la Galaxie. Petites, froides et peu lumineuses, elles sont des cibles idéales pour la détection d’exoplanètes, car leur faible masse rend plus perceptibles les mouvements induits par des planètes en orbite. C’est autour de l’une d’elles, Gliese 725 B, située à 11,4 années-lumière de la Terre, qu’un système de deux exoplanètes a été découvert grâce à SPIRou, un spectropolarimètre infrarouge de très haute précision installé au télescope Canada-France-Hawaï et développé par un consoritum international piloté par l’IRAP à Toulouse.
La découverte repose sur la méthode des vitesses radiales, qui mesure les oscillations d’une étoile sous l’effet de planètes en orbite. Cette technique est particulièrement efficace dans l’infrarouge pour les naines rouges, qui émettent l’essentiel de leur lumière dans cette gamme. Mais observer dans l’infrarouge depuis le sol est compliqué : la vapeur d’eau et d’autres composants de l’atmosphère terrestre laissent des traces dans les données, qui peuvent masquer les signaux planétaires. Pour surmonter cet obstacle, les chercheurs ont développé une méthode innovante, appelée Wapiti, capable de corriger ces perturbations. Grâce à cette approche, un premier signal planétaire, relativement faible, a été détecté avec une période orbitale de 4,8 jours.
Toutefois, ce signal n’est pas statistiquement assez significatif pour confirmer l’existence d’une planète. L’objet associé, Gl 725 Bb, est donc pour l’instant considéré uniquement comme une exoplanète candidate. La méthode Wapiti a également permis de mettre en évidence une planète plus massive et mieux caractérisée, Gl 725 Bc, dont la masse est au moins 3,4 fois supérieure à celle de la Terre et dont la période orbitale est de 37,9 jours. Cette planète se situe dans la zone habitable de son étoile, ce qui signifie que si cette planète est rocheuse et qu’il y a de l’eau dans sa constitution alors cette eau doit être sous forme liquide à sa surface, un des prérequis indispensable à la formation éventuelle de la vie . Gl 725 Bc reçoit une quantité d’énergie comparable à celle reçue par Mars, planète sur laquelle l’eau était présente avant la perte de l’essentiel de son atmosphère, et constitue aujourd’hui la deuxième planète en zone habitable la plus proche de la Terre.
Bien qu’elle ne transite pas devant son étoile, ce qui limite l’étude directe de son atmosphère, sa proximité et ses caractéristiques en font une cible privilégiée pour les instruments de prochaine génération. Cette planète présente effectivement des caractéristique qui en font la seconde planète potentiellement rocheuse et en zone habitable la moins complexe à étudier, après Proxima du Centaure b qui est notre plus proche exoplanète en zone habitable.
À titre d’exemple, un instrument comme LIFE pourrait permettre de telles observations. LIFE est un projet de télescope spatial conçu pour étudier directement les atmosphères d’exoplanètes proches en analysant leur rayonnement infrarouge, dans le but d’y rechercher des signatures de molécules comme l’eau ou d’autres indicateurs potentiels de conditions favorables à la vie.
L’étude de cette planète permettra, dans un futur proche, de mieux appréhender la diversité des exoplanètes susceptibles d’héberger de l’eau liquide à leur surface, un préalable indispensable à une éventuelle émergence de la vie ailleurs que sur la Terre. Cette découverte souligne le potentiel des mesures infrarouges de haute précision dans la recherche de mondes habitables autour des étoiles les plus proches.
Référence
M. Ould-Elhkim, C. Moutou, J.-F. Donati, P. Cortés-Zuleta, X. Delfosse, É. Artigau, C. Cadieux, P. Charpentier, A. Carmona, I. Boisse, C. Reylé, E. Gaidos, R. Cloutier, G. Hébrard, L. Arnold, J.-D. do Nascimento, N. J. Cook and R. Doyon, The SPIRou Legacy Survey - Detection of a nearby world orbiting in the habitable zone of Gl 725B achieved by correcting strong telluric contamination in near-infrared radial velocities with wapiti, A&A, 705 (2026) A234. DOI : 10.1051/0004-6361/202555469
Contact scientifique local
– Xavier Delfosse, astronome UGA à l’OSUG rattaché à l’Institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble (IPAG-OSUG, CNRS/UGA)
Cette actualité a été initialement publié par le CNRS INSU.
[1] Laboratoires CNRS impliqués :
– Institut de Recherche en Astrophysique et planétologie (IRAP - OMP, CNRS / CNES / Univiversité de Toulouse)
– Institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble (IPAG - OSUG, CNRS / UGA)
– Laboratoire d’astrophysique de Marseille (LAM - OSU Pythéas, CNRS / CNES / AMU)
– Institut Univers, Théorie, Interfaces, Nanostructures, Atmosphère et environnement, Molécules (UTINAM - THETA, CNRS / Univ Franche - Comté)
– Institut d’astrophysique de Paris (IAP, CNRS / Sorbonne Université)
Mis à jour le 29 janvier 2026
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