Un modèle prédictif pour analyser la responsabilité en cas de séisme
Dynamisées par le changement climatique, les obligations légales des gouvernements en matière de gestion des dommages prévisibles liés aux aléas naturels s’élargissent. Les séismes en constituent un exemple particulièrement complexe. En cas de catastrophe, la recherche de responsabilité repose sur le lien de causalité entre le fait générateur et le préjudice subi. Mais au-delà de la définition classique du risque, fondée sur l’aléa, l’exposition et la vulnérabilité, les décisions politiques en matière de prévention et de préparation influencent directement ce lien de causalité, et donc la responsabilité des acteurs concernés.
Cependant, de nombreux défis scientifiques, juridiques et politiques limitent encore la possibilité d’évaluer ces pertes et dommages devant les tribunaux. À ce jour, il n’existe pas de modèle clairement établi sur lequel une cour pourrait s’appuyer pour déterminer si certains acteurs auraient pu agir davantage afin de réduire les conséquences d’un séisme.
Pour répondre à cette lacune, une étude récente menée à ISTerre, publiée dans Nature Sustainability, propose un modèle prédictif d’engagement de responsabilité en cas de séisme. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’aléa naturel, ce modèle analyse l’interaction entre l’ampleur des dommages, la préparation et les moyens des autorités, ainsi que les décisions, ou les omissions, des différentes parties prenantes.
Inspiré de la science de l’attribution, utilisée pour analyser l’influence des actions humaines sur les événements climatiques extrêmes, ce modèle vise à identifier les facteurs "non naturels" susceptibles d’amplifier les conséquences d’un séisme et sur lesquels les acteurs disposaient de marges d’action. En quantifiant ces relations, il propose un cadre pouvant aider tribunaux et décideurs à évaluer la responsabilité et la reddition de comptes, tout en ouvrant la voie à des outils juridiques plus sophistiqués.
La contrepartie d’une meilleure évaluation de l’influence des actions, ou des inactions, est l’élargissement potentiel des obligations légales des gouvernements, des entreprises et d’autres acteurs pour prévenir ou limiter les dommages prévisibles. L’objectif est clair : renforcer les stratégies de réduction des conséquences humaines et économiques.
Référence
Guéguen, P., Dollet, C. A predictive model to assess liability in earthquake disasters. Commun. Sustain. 1, 39 (2026). DOI : 10.1038/s44458-025-00028-0
Contacts scientifiques locaux
– Philippe Guéguen, chercheur de l’UGE à l’institut des sciences de la Terre (ISTerre-OSUG, CNRS / IRD / UGA / Univ. Savoie Mont-Blanc / Univ. Gustave Eiffel)
– Cyrielle Dollet, doctorante à ISTerre (ISTerre-OSUG, CNRS / IRD / UGA / Univ. Savoie Mont-Blanc / Univ. Gustave Eiffel)
Cette actualité a été initialement publiée par l’Université Gustave Eiffel.
Mis à jour le 12 mars 2026
Intranet

